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jeudi 9 novembre 2017

BONNES FEUILLES. ÉCRITURE ET PHOTOGRAPHIE. LA BAIE DES CENDRES DE STÉPHANE BOUQUET AUX ÉDITIONS WARM.

Les jeunes éditions Warm m’ont récemment adressé le bien intéressant petit livre qu’ils ont réalisé à partir de textes que Stéphane Bouquet a imaginés en tentant comme elles l’écrivent « d’habiter » des photos de Morgan Reitz. On rapprochera bien sûr cet ouvrage que nous nous empressons de recommander, de cet autre beau livre intitulé Les Oiseaux favorables que nous avons sélectionné pour l'édition en cours du Prix des Découvreurs, qui se présente, comme je l’indiquais dans ce blog, « sous la forme d’un monologue intérieur émanant d’une femme de 46 ans qui sent que pour elle « tout est peut-être fini, périmé, caduque, obsolète » et s’éprouve comme « une longue vibration de solitude qu’amplifient toutes les ondes de douleur environnantes ».
Ce pourrait également être l’occasion pour nos amis professeurs, comme on le leur recommande, de travailler sur l’image et d’étudier la façon dont elle peut venir déclencher des actes d’écriture singuliers mais aussi très fortement personnels.
Nous espérons que la lecture du tout premier texte de La Baie des cendres, accompagné de la photographie qui en a stimulé l’écriture, donnera envie à nos lecteurs de découvrir le reste de l’ouvrage.

Si seulement on pouvait m'indiquer la direction pense-t-elle alors qu'elle s'est égarée dans une ville sans signe distinctif. Nous sommes sur un pont au-dessus de l'eau et le ciel est aussi orange qu'un jus multifruits bio vitaminé et sûrement pour l'occasion enrichi en mangues ou bien sinon la publicité ment. Ce qu'elle voit d'ici, étonnant mais c'est directement le passé ou presque directement le passé. Le problème est qu'elle est fatiguée et qu'il est tellement difficile de tout faire tenir ensemble. Cela danse selon un certain rythme c'est certain mais est-ce le même ? Les arbres plient un peu dans le vent et des nuages défilent et tout ceci serait demeuré Inaperçu dans d'autres circonstances. Par exemple, moins fatiguée ou jeune encore, elle aurait pu éviter les répétitions et les phrases toutes faites et décrire simplement les barges en bois sur le fleuve et même inventer des scènes torrides pour derrière les stores de paille. Disons ces récits de jadis qui contiennent notamment des vêtements imbibés de l'odeur insistante des chevaux. Mais aujourd'hui quelqu'un a dû lui faire une injection de somnifère ou la peinturlurer d'une crème de jour à base de plomb, elle a juste le courage de reprendre des mots déjà entendus : par exemple on raconte qu'un homme voyage furieusement vers toi. Est-il raisonnable d'avoir encore cet espoir pantelant et au reste une bonne âme pourrait-elle lui chuchoter qui et quand et éventuellement où qu'elle ne rate pas derechef le rendez-vous ? Pas dans les environs en tout cas, à moins que le tramway ne consente à arriver et à s'inventer un arrêt que la photo a simplement oublié de figurer et les choses alors auraient enfin cet aspect concret et possible qui permettrait que tout et elle y compris perdure. D'accord, dit-elle, on verra plus tard si jamais elle atteint plus tard grâce à sa capacité sportive à outrepasser l'épuisement comme un coureur saute des haies à toute allure et sans s'affaler. Ce jour-là, les veines de ses paupières cesseraient de vibrionner. Mais en attendant le bateau postal vient d'apponter et c'est la solution miracle. II y avait cette lettre qu'elle n'attendait plus signée de ce prénom rougi comme un cœur qui s'agite. La lettre recommandait avec un flegme quasi bouddhiste : contemple assez longtemps l'agencement des lignes et des couleurs, tu devrais être capable de dénicher l'arrière-coin où se cache la patience récompensée. Un simple baiser d'accueil quand nous serons réunis. Mais où est-ce ? Peut-être devrait-elle finalement se résoudre à demander l'aide d'un tiers ? Auriez- vous l'amabilité etc.

Profitons de l’occasion pour renvoyer aux propos de Stéphane Bouquet dans le dernier numéro de la revue en ligne Secousse, en réponse à la question lancée par les responsables de la revue : La poésie est-elle réactionnaire ? En voici des extraits :

Il est possible donc qu’écrive des poèmes celle ou celui qui a perdu quelque chose, bien qu’elle ou il ignore quoi précisément – et que le poème soit son effort d’autoconsolation. En cela, il y a bien une pulsion réactionnaire qui travaille le fond de la poésie : l’appel d’un retour, quand on n’avait pas bêtement laissé tomber ses clés ou son os. Mais ce qui ne l’est pas, réactionnaire, c’est le chemin qu’il faut inventer pour satisfaire cette pulsion. […]

Le but des poèmes (soyons modestes, des poèmes tels que je les envisage et les écris) est de produire une vie suffisamment vivante pour donner l’illusion que la vie est actuelle, présente, ou quasiment. Que nous y sommes presque, dedans, et non pas exilés. Qu’en fait, il ne nous manque rien : ni un labrador, ni un chêne, ni un Victor. Si bien que pour ce faire il est indispensable de créer d’interminables effets de surprise dans la langue, si la vie est bien – comme je le crois – le sentiment d’inattendu, de décalage qui sort les jours de leurs rails et fait de chaque heure un matin. La langue du poème s’ingénie à produire de la surprise et en cela, qu’on le veuille ou non, elle est condamnée au neuf, non par goût un peu naïf du nouveau en tant qu’il est nouveau, avant-truc et cie, mais parce que le neuf (dans la langue) est la seule façon de réaliser un état (peut-être archaïque) où, pour nous (« nous » collectif, ou au moins duel), quelque chose est toujours intensément de ce monde. 

mercredi 1 novembre 2017

LE PIRE POÈTE DE L’HISTOIRE ! À PROPOS DE LA HAINE DE LA POÉSIE DE BEN LERNER


Je dois à La Haine de la poésie, ce petit livre du poète et romancier américain Ben Lerner, qu’ont récemment publié les éditions Allia, la découverte de ce que Wikipedia présente comme le pire poète de l’histoire. Rassurons-nous : ce dernier n’est ni notre contemporain, ni de culture française. C’est un tisserand écossais du XIXe siècle répondant au nom de William Topaz McGonagall dont la fameuse encyclopédie en ligne, qui lui consacre un intéressant article, nous apprend qu’en dépit de l’hilarité que suscitait dans le public la plupart de ses lectures, il n’hésita pas, après la mort de Tennyson à faire à pied et sous les plus violents orages, les cent kilomètres de route montagneuse séparant Dundee du château de Balmoral pour solliciter auprès de la reine Victoria, qui naturellement ne le reçut pas, le privilège de se voir attribuer le poste de Poète lauréat ! 


DAUMIER LE POETE LAMARTINIEN
Le système prosodique anglais différant sensiblement du nôtre, il faut lire l’analyse stylistique et les considérations d’ordre métrique que consacre Ben Lerner à l’un des textes les plus déplorablement célèbres que ce McGonagall consacre à l’effondrement, lors de l’hiver 1879, du pont ferroviaire, construit, dans sa bonne ville de Dundee, sur la rivière Tay, pour prendre la mesure, dans le détail, du caractère doublement catastrophique du talent de notre malheureux écossais. La traduction qu’en donne Lerner et qui prend en compte les errements prosodiques du texte initial, fournira toutefois au lecteur une idée de la faiblesse de ses ressources littéraires.

Magnifiqu’ pont ferroviaire du Tay argenté
Hélas ! Je suis vraiment désolé d’annoncer
Que quatre-vingt-dix vies ont été emportées
Le dernier jour du sabbat en 1879
Dont nous nous souviendrons pour de très longues années.

L’objectif de Ben Lerner n’étant pas ici de se moquer à peu de frais de l’ineptie parfaitement reconnue de l’œuvre d’un poète qui ne se survit que par les moqueries dont il fait toujours l’objet de la part de nos amis d’Outre-Manche, je voudrais attirer l’attention sur le fait qu’il ne se penche sur ce lamentable fiasco que pour affirmer quelque chose de la nature même de la chose poétique qui reposerait selon lui sur l’impossibilité de ne jamais parvenir à l’idéal que par essence elle vise. L’échec de W.T. McGonagall à nous faire partager la portée de l’évènement tragique qu’il entreprend de nous exposer ne serait en somme qu’une illustration par l’un de ses cas limites, de ce qui arrive à tout poème concret. Ne se contentant pas, comme on l’observe assez souvent, de ses dimensions programmatiques.

lundi 30 octobre 2017

RECOMMANDATION. DÉGELLE DE SÉVERINE DAUCOURT-FRIDRIKSSON.

CLIQUER POUR DECOUVRIR LES EXTRAITS

La poésie de Séverine Daucourt Fridriksson est de celles qui puisant au fond de leurs « secrets possibles » sait nous en communiquer toute l’intelligence vitale sans jamais les révéler. Cela repose sur une jouissive et permanente façon comme elle dit de décomposer et recomposer à volonté l’épaisse trivialité de l’existence à partir d’une rage d’expression qui « veille à défier l’apathie », s’efforce en permanence à « croiser éros au virage », et me paraît quant à moi avoir fait sa devise du formidable cri lancé en son temps par Jules Laforgue : « Non ! vaisselles d’ici-bas. »

Pourtant le fond d’expérience dont procède le livre de Séverine Daucourt-Fridriksson est pour une bonne partie désolant. Dégelle dont le titre bien entendu peut s’entendre comme la mise en féminin de ce dégel qu’elle évoque dans un passage du livre (p. 123) mais comme opération qui à son dire « prendrait des siècles », fait plutôt à mon sens apparaître son auteur comme une femme ayant fait l’expérience souvent cruelle de ce qu’est la dégelée de vivre. De voir ses rêves, tous les joyaux attendus du quotidien se ternir sous ses yeux à l’épreuve de la veulerie des hommes, de l’imposture des uns, de la démesure de l’ego des autres, de l’avidité des familles, sans compter, c’est le mot, l’implacable mécanique de la rentabilité bancaire...  Et ces défaites qui me semblent bien être évoquées dans le livre n’en paraissent que plus cuisantes du fait du peu ordinaire appétit de vivre et d’être aimée de son auteur.


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Comme rien ne remplace finalement la rencontre directe avec le texte, je renverrai au lecteur le soin de se faire une idée de l’inventivité et de la puissance d’expression de l’écriture de Séverine Daucourt-Fridriksson  - dont je tiens à rappeler au passage la remarquable traduction qu’elle a donnée chez LansKine, d’oursins et moineaux, un très beau livre de poèmes  de l’islandais Sjón (voir ci-contre) -  en lisant les quelques pages d’extraits que nous donnons en tête de notre billet.  Extraits qu’on ne pourra pas, j’imagine, éviter de faire entrer en résonance avec les débats présents. Pour leur conférer des perspectives – on peut toujours rêver - un peu moins rétrécies. 

dimanche 25 juin 2017

SÉLECTION DÉCOUVREURS. LES OISEAUX FAVORABLES DE STÉPHANE BOUQUET.


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Paru en 2014 aux éditions Les Inaperçus, l’ouvrage que Stéphane Bouquet a intitulé Les oiseaux favorables semble avoir effectivement peu retenu l’attention du petit nombre de ceux qui continuent à vouloir rendre la poésie qui s’écrit aujourd’hui, non seulement un peu plus visible mais surtout plus intelligible. Et par là nécessaire.

Pourtant ce livre ou plutôt ce livret qui selon le principe des Inaperçus qui est de faire se rencontrer deux univers et de trouver l’alchimie entre une écriture poétique et une création plastique contemporaines, dialogue avec une quinzaine de photographies du journaliste, écrivain et photographe Amaury da Cunha, peut constituer pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore une excellente porte d’entrée sinon dans l’œuvre, assez diverse, de Stéphane Bouquet, du moins dans l’esprit qui pour une grande part l’anime.

vendredi 24 février 2017

PARMI TOUT CE QUI RENVERSE. UN MONDE OUVERT PAR LA PAROLE.

CLIQUER POUR SE RENDRE 
SUR LE SITE DE L'EDITEUR
Je me permets d’annoncer la sortie de parmi tout ce qui renverse aux éditions du Castor Astral.

Merci tout d’abord à Jacques Darras et à Jean-Yves Reuzeau d’avoir sauvé ce livre que la malencontreuse disparition, en janvier 2016, des éditions de l’Amandier - où il devait, grâce au concours du CNL, primitivement paraître –  risquait de condamner à ne voir le jour qu’après de longues années encore de sommeil et d’attente.

Je n’accable pas les revues, comme les maisons d’édition, de mes propositions. C’est pourquoi, occupé le plus souvent à tenter de donner ce que je peux de visibilité aux livres et aux auteurs que j’estime, je me sens autorisé aujourd’hui à demander aux lecteurs de ce blog qu’ils prêtent un peu d’attention à l’ouvrage que je propose et l’aident ainsi à échapper à la cruelle indifférence qui frappe en général le travail des poètes.

Je le dois tout d’abord à la maison qui m’accueille. Ensuite à toutes les ressources de vie et de pensée que l’écriture de ce livre m’aura conduit sur tant d’années à employer.

parmi tout ce qui renverse, sous-titré Histoire d’Il, vient prolonger et terminer la phrase commencée avec Compris dans le paysage (Potentille, 2010), complétée par avec la terre au bout (Atelier La Feugraie 2011) et emprunte un peu de sa forme générale à Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme de Charles Augustin Sainte-Beuve ! Oui. C'est en effet à ce livre injustement méprisé qu'on doit, au moment où naît ou va naître notre poésie moderne, de voir pour la première fois le poète se dégager de la coûteuse illusion de la transparence du sujet pour inventer et induire une lecture "romanesque" de la poésie lyrique.

mercredi 2 novembre 2016

MORT D’UN PERSONNAGE. SUR LAME DE FOND DE MARLÈNE TISSOT.

Mon pere est mort, Dieu en ayt l’ame,
Quant est du corps, il gyst soubz lame…
François VILLON
Le Testament

Je viens de lire le petit livre de Marlène Tissot Lame de fond, produit par La Boucherie littéraire de l'exigeant Antoine Gallardo que je remercie bien de me l’avoir adressé et j’aimerais en dire ici quelques mots qui viendraient rendre justice à l’émouvante et fragile sensibilité de son auteur. À la façon juste aussi qu’elle a de rendre compte de ce que l’idiotie contemporaine appelle le travail du deuil et qui n’est que le jeu millénaire des façons par lesquelles les vivants, comme ils peuvent, s’accommodent de la disparition ou de la perte d’autres qui comptaient, en profondeur, pour eux.

MOTHERWELL DANS LA CHAMBRE D'AMOUR 
Pas nécessaire en fait de savoir si le disparu dont il s’agit dans le livre de Marlène Tissot est son père, son grand-père, quel était son âge véritable ou la place précise qu’il occupait dans la vaste configuration sociale hors de laquelle il est de plus en plus difficile pour chacun de trouver à se définir... Je ne retiens du livre que la possession d’une modeste habitation au bord de la mer vers Cancale, une certaine qualité de lumière insaisissable au bord des yeux, l’odeur tout à la fois âcre et douce d’un vieux pull marin... et surtout cette capacité qui n’est pas seulement de paroles que possèdent certains êtres de nous rendre le monde plus large à habiter (p. 48). «Cours, ma belle ! Nage dans le ciel » [...] Avec toi tout est permis. Avec toi on chahute l’apparence des choses ordinaires, on colorie le monde. Avec toi, je nage dans le ciel, je suis une sirène qui ne craint pas la mer à boire. »

Certes, nous ne manquons pas de livres commandés par les morts1. Et peut-être n’existe-t-il d’ailleurs de vrais livres que ceux-là que nous inspirent la perte et la nécessité encore, non d’en guérir ou d’oublier, mais comme le disait Char, d’en faire l’aliment d’une plus grande capacité d’être. L’ouvrage de Marlène Tissot avec justesse et discrétion en fournit à mes yeux une nouvelle preuve. Lui qui finit par nous faire comprendre qu’on ne réinvente ceux qui manquent qu’en en projetant devant nous la vivante couleur et qui se termine par ces lignes bien belles : « Dans ta cage thoracique, l’oiseau a cessé de chanter. Mais ses ailles palpitent encore en moi. Comme s’il s’apprêtait à m’envoler. Tu m’avais prévenue : « Tout n’est que commencement ». Et aujourd’hui je suis prête à te croire, prête à laisser ta fin devenir un début . »

NOTE :
Parmi les œuvres majeures auxquelles je pense, je ne saurais trop inciter le lecteur à se tourner vers les livres de Frank Venaille et tout particulièrement Hourra les morts ! qui compte en particulier un texte tout à fait extraordinaire évoquant la crémation de son père (voir un commentaire que nous avons jadis réalisé pour des élèves de lycée). Chacun se souviendra également du Pas revoir de Valérie Rouzeau, prix des Découvreurs 2001. Sans oublier, pour rester dans le champ des auteurs pour lesquels nous avons de l’amitié, le beau livre d’Edith Azam Décembre m’a ciguë chez POL ou celui d'Olivier Barbarant,Élégies étranglées dont le commentaire que nous en avons donné il y a quelques années peut largement trouver à s'appliquer à l'ouvrage de Marlène Tissot.

lundi 1 août 2016

ÉCART OU DE LA FOLLE PRÉTENTION DES POÈTES RATÉS.

Les récriminations incessantes des ratés m'excèdent. Parmi elles il en est que je supporte moins encore : celles de ces poètes qui n'ayant rien à dire, rien à nous faire éprouver qu'une profonde commisération pour leur piètre maîtrise, s'offusquent de l'absence d'écho que suscite dans les media leurs œuvres ridicules. Je ne sais qui est ce T. Deslogis dont j'ai découvert il y a quelque temps qu'il nourrissait l'ambition de sauver l'humanité humaine (sic) en publiant chaque jour un poème de sa composition dans un quotidien qui aurait l'intelligence de lui ouvrir enfin ses colonnes ! Mais en matière de dénonciation quant au scandale qu'il y a à frustrer le bon Peuple de sa voix immortelle, ce monsieur ne fait pas dans la dentelle et il semble que son obstination tout comme l'aveuglement de certains de ceux à qui il s'adresse, paient: chacun peut désormais régulièrement se délecter sur le site d'une revue dédiée à la culture (!!!), d'un poème de M. Deslogis traitant d'une actualité aussi capitale que le fut, par exemple, naguère, la sortie de l’ouvrage signé par Dame Trierweiler !

Voici les toutes premières strophes du fabuleux poème, justement intitulé Ecartèlement, que M. Deslogis consacre à cet évènement. Nous y verrons comment, pour reprendre ses mots, notre Archiloque "polit la graine de la pensée et nourrit la part la plus profondément humaine du citoyen":
"Du dénudé nappé d'art, tant la star brille,/ Au contre-vent qui mis à nu tous nous les brise -/Écart...
J'ai vu la rue a vu l'aveugle aussi par mime / A vu la nue qui prudemment titille /À la normale à peine. Alors, là, fallait-il/ Aliéner l'humanique esthétisme ?/ En s'écartant.
Et cependant si les seins ne sont qu'aux filles/ L'émasculé, lui, est Président Où est la crise ? / En Syriak islamisque au commandant Poutine ?/ Ou en Chomdu ? Et non ! En #gateàpine ! / Écart..."
(sic, sic et resic!!!)

mercredi 6 juillet 2016

À LIRE CHEZ POTENTILLE : DE NOUVELLES « PICTURAE LOQUENTES » D’HENRI DROGUET.

CHRONIQUE DE NUREMBERG, 1492
Palimpsestes et rigodons, du poète Henri Droguet, vient d’être publié aux éditions Potentille. Le lecteur, que ne séduisent pas trop les fadasseries plus ou moins habiles que nous servent les petites mains intéressées de la mode, se délecteront, je pense, de cette occasion de voir rouvert ici le grand opéra de langues par lequel Henri Droguet met en scène, à sa manière, toute charnelle et de matières, le puissant dynamisme cosmique au sein duquel sont engagées nos interloques et ô combien fragiles humanités.

On y appréciera comme, sans les grands épanchements lyriques dont il s’est tôt délivré, ce poète parvient à donner à entendre la note sourdement existentielle d’une conscience qui, aléatoirement retournée sur elle-même, se découvre simplement assurée de sa seule réalité multiple, jubilatoire et passagère. Dans un souci évident non de représentation réaliste du monde mais de compositions et recompositions incessantes de substances verbales – chaque poème pouvant passer pour le palimpseste du suivant – l’ouvrage célèbre effectivement de la façon la plus vive cette danse à deux temps, cet effréné rigodon toujours à relancer, que nous exécutons – macabres - avec la vie. La vie prise. Reprise. Et toujours à réinventer.

 À moins que par la grâce d’une formule, d’une illusion, d’un moment brusquement arrêté, ne naisse l’impression d’avoir mis dans le mille – rigodon ! -  même s’il n’existe pas de cible. Que des signes d’exister.


À cette occasion, et pour aller plus loin dans le commentaire, je pense intéressant – l’oeuvre d’Henri Droguet reposant sur des choix d’écriture, dans l’ensemble assez stables – de redonner l’article que j’ai consacré il y a une dizaine d’années dans la Quinzaine Littéraire, à son ouvrage Avis de passage, paru chez Gallimard.

PROTOCOLES CHARIVARESQUES

« Voilà[…]ça flaire/ça fouit ça fouine/ça graillonne/ça enfourne estropie/défonce ça/choute et chagne/ça machine/ça exproprie/c’est imminent.// ÇA ?QUOI ? »

Cet extrait du poème intitulé L’ENTREVU qu’on trouvera dans AVIS DE PASSAGE qui succède à  48°39’N-2°01’W, titre indiquant les coordonnées géographiques de la ville de Saint-Malo où réside, entre pluies, vents et mer, sous l’incessante battue des éléments, le poète Henri Droguet, nous permettra peut-être de mieux saisir le cadre de l’acharné travail de langue et de célébration malgré tout, que ce dernier mène en littérature depuis de nombreux livres. Placé sous le signe de la peinture, par une double épigraphe, empruntée à Pierre Soulages et à Nicolas de Staël, Avis de passage est bien d’abord un livre qui donne à voir, une pictura loquens, comme en témoigne l’abondance des titres à vocation picturale, sinon cinématographique ou théâtrale qu’il donne à ses poèmes: « Grisaille, Petit tableau parisien, Panorama, Scénographie, Petit format, Trompe-l’œil, Extérieur nuit, Polyptique, Encre, Marine… ». Plus encore, ce livre grouille de matières, de formes, d’espaces assemblés que viennent animer de vigoureuses métaphores, par quoi s’acquiert tout un effet de profondeur, de mouvement surtout, qui ne sont effectivement pas sans rappeler le geste de l’artiste sur sa toile. Anch' io son' pittore semble nous dire Henri Droguet qui face à l’ombre désespérante conçoit ici « des protocoles / pour mettre savamment  / l’invisible en couleurs / rouge hérissé  vert pointu  bleu tempête »

vendredi 11 mars 2016

CENDRARS ENCORE ET ENCORE ! UNE ÉTUDE DE LA PROSE DU TRANSSIBÉRIEN PAR COLETTE CAMELIN.

CENDRARS RUSSIE
KANDINSKY, LA VIE MÉLANGÉE, 1907
À la demande des Découvreurs Colette Camelin a accepté de livrer le texte d’une étude consacrée à la Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, publiée en 1913 par Blaise Cendrars et Sonia Delaunay. Occasion pour nous de revenir dans ce blog sur celui qui se disait « un fort mauvais poète ».

Cette étude qui a vocation à éclairer le lecteur « bénévole » sur les multiples aspects de ce texte en bien des points fondateur de la modernité poétique a été complétée par nos soins de diverses références à la peinture de l’époque ainsi que d’images provenant de diverses publications qui permettront aussi de réfléchir sur la guerre russo-japonaise qui tient une place si importante dans la thématique complexe de ce poème initiatique.


mercredi 9 mars 2016

UNE SIMPLE JOURNÉE À PASSER SAINE ET SAUVE ! DOINA IOANID.


Doina Ionaid
Dorothea Tanning Birthday










Mais nous autres, jamais nous n'avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s'ouvrent
à l'infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l'on respire,
que l'on sait infinie et jamais ne désire.

RILKE
Huitième Elégie de Duino, 1922


« Que veulent-elles de moi, toutes ces femmes avec leur ventre de kangourou à peine dissimulé par des tabliers fleuris, leurs cheveux imprégnés d’odeurs moites, pourquoi m’invitent-elles à venir à leur côté, m’attirant avec leurs vies mutilées et pourquoi leurs histoires collent-elles à moi comme de l’huile brûlante, alors que je veux seulement qu’elles me fichent la paix et me laissent aller mon chemin ? »  Dans l’univers bien particulier de la poète roumaine Doina Ioanid, la relation qu’entretient l’être avec le monde est toujours captivante. Je veux dire un peu possessive. Et les frontières que dessinent les identités tout comme les moments successifs du temps se montrent la plupart du temps dangereusement poreuses.

Un mouvement qui n’est pas sans rappeler celui de la ruade du cheval entravé qui regimbe.


samedi 30 janvier 2016

POÈMES À LYRE. DE L’ODE À LA MÉLODIE.

POESIE LYRIQUE Charles de la FOSSE
Antoine Houlou-Garcia, nous a adressé il y a quelques semaines un texte consacré aux relations étroites que la poésie, depuis son origine, entretient avec la musique.

Nous en proposons ici la lecture qui ne manquera pas d'intéresser plus particulièrement ces classes auxquelles nous rappelons régulièrement que la poésie est un art qui réclame une intelligence sachant ne jamais se découpler d'avec la sensibilité.